Une démonstration implacable

Aujourd’hui, dans la plupart des pays, l’idéal démocratique est perverti par le pouvoir de l’argent et par des systèmes injustes et mal conçus de financement des partis et des campagnes. Ce livre fait des propositions innovantes et inspirées de multiples expériences internationales pour mettre fin à ces inégalités politiques qui ne font qu’alimenter les inégalités économiques, et pour que la notion de représentation retrouve enfin toute sa réalité.

Une personne, une voix : la démocratie repose sur une promesse d’égalité qui trop souvent vient se fracasser sur le mur de l’argent. Financement des campagnes, dons aux partis politiques, prise de contrôle des médias : depuis des décennies, le jeu démocratique est de plus en plus capturé par les intérêts privés.

Fondé sur une étude historique inédite des financements politiques privés et publics dans une dizaine de pays sur plus de cinquante ans, ce livre passe au scalpel l’état de la démocratie, décortique les modèles nationaux, et fait le récit des tentatives – souvent infructueuses, mais toujours instructives – de régulation des relations entre argent et politique. Il tire les leçons des dérives actuelles et propose pour demain des règles innovantes pour une démocratie retrouvée.

L’Etat consacre chaque année moins de 1 euro par Français au financement public direct de la démocratie, mais il rembourse en moyenne près de 4000 euros par an aux plus riches donateurs

La démocratie à la dérive ? Des financements privés peu régulés et un jeu politique capturé par les plus favorisés.

Aux États-Unis, où toute la régulation de la démocratie a été balayée par idéologie, le personnel politique ne répond plus qu’aux préférences des plus favorisés. En Italie, la suppression du financement public des campagnes électorales n’est pas étrangère au triomphe du populisme. En France, l’État dépense en réductions d’impôt associées aux seuls dons aux partis politiques 21 fois plus d’argent (notre argent !) pour les 10% les plus riches que pour les 50% les plus pauvres.

Les 10% des plus gros donateurs donnent en moyenne chaque année près de 68 millions d’euros, soit plus des deux tiers du total des dons

Des think tanks aux médias en passant par toutes sortes de fondations, nombreux sont les moyens à la disposition des citoyens les plus aisés désireux non seulement d’influencer le résultat des élections mais également les termes du débat public. Et ce qui n’est pas le moins surprenant, c’est que la plupart des démocraties occidentales ont mis en place un système de réduction d’impôt tel que les plus favorisés voient leurs préférences politiques très largement subventionnées par l’Etat, alors que ce n’est pas le cas de la majorité des citoyens.


Or, les plus riches donnent en moyenne bien davantage aux partis « de droite » qu’aux partis « de gauche », c’est-à-dire aux mouvements politiques qui, une fois au pouvoir, mènent des politiques économiques libérales qui conduisent à davantage d’inégalités. Se crée ainsi un cercle vicieux où les inégalités politiques alimentent les inégalités économiques et ainsi de suite.

Tirer les leçons de l’histoire

Ces dérives ne viennent pas d’un complot savamment orchestré mais de notre manque collectif d’implication. La question du financement de la démocratie n’a jamais véritablement été posée, pas plus que celle de la représentation des classes populaires.


Or, les solutions ne manquent pas. Les dernières décennies ont été marquées par des tentatives, des espoirs, des réussites et des échecs de régulation des liaisons dangereuses qu’entretiennent argent privé et démocratie politique un peu partout dans le monde. Aucun pays n’a à lui seul la solution parfaite. Mais en s’inspirant des expériences positives des différentes pays, et en apprenant des échecs, il est possible de sortir de l’impasse.


C’est ce que fait ce livre qui tire les leçons de l’histoire et présente des propositions qui révolutionnent la façon de penser la politique.

La démocratie à la dérive ? Des financements privés peu régulés et un jeu politique capturé par les plus favorisés.

Les propositions que je fais dans ce livre sont au nombre de trois. Trois propositions pour que demain l’on puisse à nouveau définir la démocratie comme « une personne, une voix ».

Révolutionner le financement des mouvements politiques et des campagnes électorales : les Bons pour l’Égalité Démocratique (BED)

Chaque année, au moment de sa déclaration d’impôt, chaque citoyen choisira le mouvement politique auquel il souhaite voir allouer son Bon pour l’Égalité Démocratique, soit sept euros d’argent public.


Ce système, simple, dynamique et moderne, remplacera le système de financement public bancal et régressif qui est en place aujourd’hui. Il permettra de raccourcir le temps du financement des organes de la démocratie, permettant à de nouveaux mouvements d’émerger chaque année. Avec les BED, une personne égale un financement public identique égale une voix.

Une limitation drastique des finances privés

Pour que les BED soient véritablement efficaces, tous les dons privés à un mouvement politique ou à une campagne électorale supérieurs à 200 euros seront interdits. Une réforme indispensable pour que soit égalisé le poids politique de chaque citoyen.

L’Assemblée mixte

Si la question du financement est essentielle, elle ne peut à elle seule répondre à la crise démocratique. Le déficit de représentation dont souffre aujourd’hui une majorité de citoyens est plus grave et plus profond. Cela se reflète dans le fait que depuis des décennies, employés comme ouvriers sont quasiment absents des bans de l’Assemblée !

D’où ma troisième proposition : l’Assemblée mixte, qui permettra d’assurer une meilleure représentativité sociale des députés à l’Assemblée nationale.

Employés et ouvriers représentent moins de 2% des députés aux Etats-Unis (alors qu’ils sont 54% de la population active). Et l’Assemblée nationale française ne compte aucun ouvrier.


Il s’agit de repenser les règles mêmes de la représentation, en réservant un tiers des sièges à l’Assemblée nationale à des « représentants sociaux », élus à la proportionnelle sur des listes représentatives de la réalité socioprofessionnelle de la population.


Dans le cas de la France aujourd’hui, cela voudra dire que ces listes devront comporter au moins 50 % d’employés, d’ouvriers, et de travailleurs précaires. Une réforme certes radicale, mais à la mesure de l’exclusion radicale du jeu parlementaire dont sont aujourd’hui victimes les catégories populaires. Comme pour la parité hommes-femmes, il faut prendre le problème de la parité sociale à la racine en utilisant les moyens de l’État de droit. Faute de quoi le populisme anti-démocratique risque de tout emporter.